Les coulisses de Therra #2 : les dispositifs de mobilisation

En avril 2025, nous avons eu la chance de bĂ©nĂ©ficier d’une capitalisation de nos pratiques par le centre de recherche Esprit de l’UniversitĂ© de LiĂšge. La chercheuse Floriane Loiseau (c’Ă©tait un signe 🐩🩜!) a analysĂ© une de nos activitĂ©s : les ateliers de promotion de la santĂ© mentale. Elle en a tirĂ© des Ă©lĂ©ments saillants que nous vous partageons dans une dĂ©marche d’intervision ! Cet article fait suite Ă  l’article « Les coulisses de Therra#1 : contexte et Ă©laboration du projet ».

Résumé du projet

Les « Ateliers collectifs pour comprendre et agir sur la santĂ© mentale Â» visent Ă  soutenir la santĂ© mentale de publics en situation de vulnĂ©rabilitĂ© psychosociale en combinant expĂ©riences dans et avec la nature et dynamique de groupe. OrganisĂ©s en petits groupes et ancrĂ©s dans les milieux de vie, ces ateliers favorisent la reconnexion Ă  soi, aux autres et Ă  la nature, Ă  travers des activitĂ©s variĂ©es (jardinage, balades conscientes, crĂ©ations en plein air). L’approche mise en Ɠuvre repose sur une posture bienveillante, un partenariat Ă©troit avec les structures sociales (SIS, CPAS) et une grande adaptabilitĂ© aux besoins exprimĂ©s.

Cette capitalisation […] en lumiĂšre les conditions favorisant la participation de publics Ă©loignĂ©s aux ateliers de santĂ© mentale, en soulignant les leviers concrets de mobilisation, d’adhĂ©sion et de maintien dans la durĂ©e, mais aussi les freins Ă  anticiper pour garantir l’accessibilitĂ©, la continuitĂ© et l’efficacitĂ© de ce type d’intervention.

Mobilisation du public

Pour toucher ce public souvent Ă©loignĂ© des dispositifs classiques de promotion de la santĂ© mentale, Therra a dĂ©veloppĂ© des approches spĂ©cifiques, qui se sont affinĂ©es au fil de l’expĂ©rience. Parmi celles-ci, plusieurs Ă©lĂ©ments clĂ©s sont essentiels :

Présentation concrÚte des ateliers

Les publics ciblĂ©s par les « Ateliers pour comprendre et agir sur la santĂ© mentale Â» font face Ă  des obstacles tels que la prĂ©caritĂ© Ă©conomique, l’isolement social, la mobilitĂ© rĂ©duite et l’apprĂ©hension vis-Ă -vis des projets collectifs. Pour Ă©veiller leur intĂ©rĂȘt et crĂ©er un premier lien de confiance, Therra mise sur des sĂ©ances de prĂ©sentation et des balades introductives. Avant mĂȘme le dĂ©but du cycle d’ateliers, l’animatrice se rend dans les structures partenaires pour prĂ©senter les soins verts, proposer des exercices sensoriels et rĂ©pondre aux questions. Ces rencontres permettent d’introduire le projet en douceur, de lever les inquiĂ©tudes liĂ©es Ă  l’inconnu et de crĂ©er un premier lien de confiance.

Présence dans le lieu de vie

La dĂ©marche d’aller vers, qui consiste Ă  animer les premiĂšres sĂ©ances dans les lieux de vie des participants (SIS, CPAS, etc.), constitue une autre approche importante. Cela permet de crĂ©er une transition douce vers les activitĂ©s extĂ©rieures tout en montrant que le projet s’adapte aux contraintes de mobilitĂ© du public. Une fois la confiance Ă©tablie, les sĂ©ances sont progressivement dĂ©placĂ©es vers des espaces verts soigneusement sĂ©lectionnĂ©s, accessibles Ă  pied ou en transports en commun. Cette progression graduelle aide Ă  surmonter les barriĂšres psychologiques et logistiques, rassurant les participants sur leur capacitĂ© Ă  se dĂ©placer.

LĂ , en fait, pour ĂȘtre vraiment en contact avec le public, je vais aller directement dans leur local parce que les gens n’arrivent pas Ă  aller jusqu’au parc. (Marie-Pierre, animatrice Therra)

Adaptabilité des ateliers

Les ateliers sont organisĂ©s autour d’une base d’outils permettant d’aborder trois thĂ©matiques principales : l’estime de soi, le bien-ĂȘtre psychosocial et la gestion du stress. La panoplie comprend, entre autres, des exercices sensoriels, des techniques de pleine conscience et des activitĂ©s de projection.

Chaque atelier dĂ©bute par un accueil autour d’un cafĂ©, oĂč les participants peuvent arriver tranquillement. Ensuite, l’animatrice invite le groupe Ă  se poser, Ă  partager comment ils se sentent et Ă  se connecter les uns aux autres. Ce moment de prise de contact permet aussi de prĂ©senter les activitĂ©s prĂ©vues et d’en discuter. Vient ensuite le temps de l’activitĂ© principale. Les activitĂ©s proposĂ©es lors de l’atelier peuvent varier en fonction des envies et des attentes des participants. Le choix des outils Ă  utiliser pendant chaque session est donc guidĂ© par les prĂ©fĂ©rences du groupe, ce qui rend chaque atelier unique et participatif. Enfin, un temps de clĂŽture permet de recueillir les impressions des participants et de prĂ©parer la sĂ©ance suivante. Ce rythme immuable instaure un sentiment de sĂ©curitĂ© et de confiance. En connaissant Ă  l’avance la structure de chaque sĂ©ance, les participants peuvent s’y projeter sereinement et oser prendre la parole.

Par exemple, une fois, les personnes, elles avaient envie de refaire du vĂ©lo, de rĂ©apprendre Ă  faire du vĂ©lo. Il y a des vĂ©los Ă©lectriques au Collectif Logement. Il y a le Ravel pas trĂšs loin. Donc je me dis, mais c’est l’occasion, on fait ça. Puis la dame qui travaille lĂ -bas m’a dit, mais en fait, si on garde le thĂšme, il n’y aura personne la semaine prochaine parce qu’ils angoissent, parce qu’ils ont vu l’activitĂ©… (Marie-Pierre, animatrice Therra)

Pour s’assurer que les ateliers rĂ©pondent aux attentes, les partenaires relais sont consultĂ©s en amont pour vĂ©rifier que les thĂ©matiques correspondent aux besoins spĂ©cifiques du groupe et aux missions du partenaire. Tout au long du cycle, ils peuvent Ă©galement faire remonter des informations pour que l’animatrice puisse procĂ©der Ă  des ajustements, si nĂ©cessaire. En effet, il arrive que les participants soient plus Ă  l’aise de parler des rĂ©ticences avec leur accompagnateur. Cette collaboration permet de tenir compte des besoins des participants et de favoriser leur engagement.

L’animatrice s’assure Ă©galement d’adapter l’organisation des ateliers aux contraintes des participants. Par exemple, pour ceux qui rencontrent des difficultĂ©s Ă  se lever tĂŽt, l’atelier peut ĂȘtre organisĂ© l’aprĂšs-midi. La flexibilitĂ© du programme et des activitĂ©s permet ainsi d’optimiser l’adaptation aux spĂ©cificitĂ©s de chaque groupe, garantissant un cadre rassurant et accessible pour tous.

Co-construction du programme avec les participants

DĂšs la premiĂšre rencontre, Therra mise sur la co-construction du programme avec les participants. Si les grandes thĂ©matiques sont fixĂ©es Ă  l’avance, chaque participant est encouragĂ© Ă  partager ses attentes, ses envies et ses besoins, ce qui permet d’ajuster les activitĂ©s de l’atelier en fonction des souhaits du groupe. L’animatrice peut Ă©galement proposer des suggestions ou recentrer les Ă©changes lorsque les attentes exprimĂ©es dĂ©passent le cadre prĂ©vu de l’atelier. Cette approche participative est menĂ©e tout au long du cycle, avec des Ă©valuations rĂ©guliĂšres permettant de recueillir des impressions et ajuster le contenu, le rythme, ou la durĂ©e des ateliers. Cette approche renforce le sentiment d’appropriation et l’engagement. Loin d’ĂȘtre de simples bĂ©nĂ©ficiaires, les participants deviennent acteurs de leur propre parcours.

Groupes adaptés et accompagnement personnalisé

Pour assurer un suivi personnalisĂ© et une dynamique de groupe positive, Therra opte pour des groupes de petite taille (maximum 12 participants) et homogĂšnes, c’est-Ă -dire issus du mĂȘme partenaire relais et rencontrant des difficultĂ©s quotidiennes similaires. Cette taille permet une attention individualisĂ©e, adaptĂ©e aux besoins spĂ©cifiques de chacun, et des interactions riches. Les structures partenaires jouent ici un rĂŽle clĂ© dans le recrutement, la validation de la composition des groupes et le maintien de la motivation des participants.

Communication adaptée

Therra veille constamment Ă  ce que le vocabulaire utilisĂ© dans les invitations et supports de communication soit simple et rassurant. Des termes comme « promenade ressourçante », « atelier crĂ©atif en plein air » ou « moment d’échange en nature » sont privilĂ©giĂ©s, afin d’éviter de stigmatiser ou d’effrayer les participants, qui ont gĂ©nĂ©ralement peu confiance en leurs capacitĂ©s.

En rĂ©sumĂ©, la mobilisation du public repose sur une approche globale et flexible. De la prĂ©sentation des ateliers en amont Ă  la dĂ©marche d’aller vers en passant par la prise en compte des besoins spĂ©cifiques des participants, Ă  la co-construction du programme et l’adaptation continue aux rĂ©alitĂ©s du public, le projet est rĂ©flĂ©chi Ă  chaque Ă©tape pour tenter de lever les barriĂšres et assurer une participation durable et engagĂ©e des publics. Toutefois, la question de la participation volontaire reste un point de vigilance permanent. Si Therra encourage l’inscription et vise un taux de prĂ©sence de l’ordre de 60 %, elle tient Ă  conserver un format ouvert : chaque personne est libre de venir « quand elle le veut », afin d’éviter l’effet de contrainte et prĂ©server la spontanĂ©itĂ© de l’engagement. Mais, trouver un moteur de mobilisation qui ne soit ni artificiel ni infantilisant reste un dĂ©fi. L’équipe rĂ©flĂ©chit aujourd’hui Ă  des modalitĂ©s d’incitation (temps d’accueil conviviaux, petites mises en valeur des assiduitĂ©s) tout en veillant Ă  ne pas dĂ©naturer l ’esprit d’écothĂ©rapie.

Pour moi, j’allais mettre jardinage et amĂ©nagement de biodiversitĂ©. Si je mets ça, ça fait peur.. Donc j’ai dĂ» mettre : « En douceur et avec bonne humeur, petits amĂ©nagements de biodiversitĂ© au jardin, fraisiers, semi de toutes sortes Â». (Marie-Pierre, animatrice Therra)

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Les coulisses de Therra #2 : les dispositifs de mobilisation

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